Filamentor : j’ai développé ma propre gestion de stock de filament

Depuis quelques mois, je me suis lancé dans l’impression 3D, d’abord pour mes projets perso, puis pour mes premières commandes clients et la boutique FormzByWhornat. Et très vite, un problème s’est imposé : suivre son stock de filament, ce n’est pas si simple.

J’ai même eu une petite sueur froide le jour où une commande est tombée et où il me restait tout juste assez d’une couleur pour l’honorer. Ce jour-là, ça passait. La fois suivante, peut-être pas.

J’ai regardé les solutions existantes. Elles étaient soit trop lourdes à mettre en place, soit elles ne répondaient qu’en partie à mes besoins. J’ai donc décidé de développer la mienne : Filamentor.

Le problème d’un tableur

Jusque-là, je tenais mon stock sur Google Sheets. Sur le papier, ça fonctionne. Dans les faits, il faut penser à noter chaque impression, avec le bon poids, sur la bonne bobine. Il suffit d’oublier une impression, puis deux, puis dix, et le tableau finit par raconter autre chose que ce qu’il y a réellement sur l’étagère.

Le problème ne vient pas de l’outil : il vient du fait qu’on lui demande d’être tenu à jour en permanence. Et ça, on finit toujours par l’oublier.

Ce qui existe déjà

Avant de me lancer, j’ai fait le tour des solutions existantes. Il y en a plus qu’on ne le croit, et chacune a ses qualités. Voici celles que j’ai regardées de près.

SolutionPoint fortCe qui me gênait
Tableur (Google Sheets, Excel)Gratuit et personnalisableTout est manuel : le stock dérive dès qu’on oublie une saisie
Bambu StudioIntégré au slicer, reconnaît les bobines BambuPensé pour l’écosystème Bambu, et dépendant du cloud
SpoolmanLibre, gratuit, mise à jour automatiqueInstallation technique, suppose OctoPrint ou Klipper
SimplyPrintDéduction automatique, étiquettes QR/NFCGratuit jusqu’à 50 bobines seulement, abonnement au-delà
Applis mobiles (FilamentKeeper, Spool Buddy…)Simples, toujours dans la poche (application smartphone)Liées à iOS ou Android, basées sur la saisie

Aucune n’est mauvaise, mais aucune ne réunissait ce que je cherchais : un stock qui ne dépend pas de ma discipline de saisie, indépendant de la marque de l’imprimante, sans abonnement, et capable de montrer mes coloris à mes clients.

Détail amusant : la documentation de Bambu Lab elle-même conseille de repeser régulièrement les bobines entamées pour corriger la dérive due aux impressions ratées ou aux purges. C’est exactement l’idée sur laquelle j’ai construit Filamentor.

Le parti pris : on pèse, on ne saisit pas

La plupart des outils de gestion de filament demandent de déclarer chaque impression. J’ai fait l’inverse : je pose la bobine sur une balance de cuisine et je tape le poids affiché. L’application en déduit ce qui a été consommé depuis la dernière fois.

L’avantage est simple : le système se corrige tout seul. Dix impressions oubliées ? Une seule pesée les rattrape toutes. Le stock ne peut pas dériver, puisqu’on ne lui demande plus d’être tenu à jour, seulement de constater.

Pour les curieux, côté coulisses : le poids restant d’une bobine n’est jamais enregistré directement. L’application garde un journal de tous les mouvements (achat, pesée, impression, mise au rebut) et recalcule le restant à partir de ce journal, un peu comme un relevé bancaire dont on déduit le solde.

Il y a un seul point sensible dans cette logique : la tare, c’est-à-dire le poids de la bobine vide. Si elle est fausse, toutes les pesées suivantes le sont aussi, et aucune pesée ne pourra le rattraper. C’est donc la partie sur laquelle j’ai passé le plus de temps : l’application cherche la tare la plus fiable possible en plusieurs étapes, de la valeur mesurée par moi-même jusqu’à une valeur par défaut en dernier recours.

Retrouver une couleur… par sa couleur

Aujourd’hui, mon stock compte 64 bobines, près de 49 kg de filament, en PLA, PETG, ASA et TPU, chez 14 fabricants différents. Et chaque fabricant a sa propre idée de ce qu’est un « vert » : Venom Green, Sprout Green, Forrest Green, Jungle Green, Matcha Green…

Au début, filtrer sur « Vert » ne me renvoyait qu’une seule bobine sur quarante-six. Mon stock contient les vraies teintes des fabricants, pas celles de ma palette, et elles ne tombent jamais pile au même endroit.

J’ai donc écrit un petit calcul d’écart entre couleurs, inspiré de la façon dont l’œil perçoit les différences de teinte. Il rattache chaque bobine à la famille de couleur la plus proche. Désormais, « Vert » renvoie tous mes verts, et le rangement s’affine automatiquement si j’ajoute des nuances à ma palette.

Une vitrine pour mes clients

Quand un client me demande « quelles couleurs as-tu en ce moment ? », je n’ai plus besoin de faire une photo de mon étagère. Filamentor propose une vitrine publique : une simple adresse que je partage, qui affiche la mosaïque des coloris disponibles. Il n’y a pas de mot de passe, pas de prix, pas de nom de fournisseur, seulement les couleurs. Le client coche celles qui l’intéressent et m’envoie sa sélection.

J’ai aussi ajouté des gammes : une sélection restreinte de coloris, comme sur une fiche produit Etsy. C’est le cas de la gamme Alpha de Formz. Quand un coloris de la gamme est épuisé, il ne disparaît pas : il s’affiche « sur commande ».

L’intérêt, c’est que tout repose sur le même stock. Je n’ai pas deux listes à tenir, et la vitrine est toujours à jour.

Et aussi…

  • une vue en cartes ou en nuancier (mosaïque de couleurs), avec des filtres par matière, marque, emplacement ou quantité restante ;
  • un import/export CSV qui comprend mon ancien tableur tel quel, sans me forcer à tout réécrire ;
  • des favoris, des rappels d’achat et une liste de courses ;
  • le suivi du séchage des matières sensibles à l’humidité, comme le PETG ou le TPU ;
  • l’inventaire des mandrins de recharge et une sauvegarde de la base.

Sous le capot

Filamentor est une application web en PHP et MariaDB, pensée d’abord pour le téléphone et installable sur l’écran d’accueil comme une vraie app. Elle fonctionne même hors ligne, ce qui est pratique au garage, à côté des imprimantes. Elle n’utilise aucun framework ni aucune bibliothèque externe. Elle a d’abord tourné sur mon NAS avant de migrer chez un hébergeur.

Et maintenant ?

Filamentor tourne au quotidien et a remplacé mon tableur. Je ne cherche plus une bobine sur l’étagère en espérant qu’il en reste assez : je le sais.

Si vous imprimez en 3D et que la gestion de votre stock vous pose les mêmes problèmes, n’hésitez pas à me laisser un commentaire. Je suis curieux de savoir comment vous vous organisez.

Et si vous avez vous aussi un outil sur mesure en tête, une application métier, un site ou une interface à repenser, c’est justement mon métier : je suis développeur web et UX designer. Parlons de votre projet.

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